Les Corsaires : navigateurs infatigables contre les censeurs

Les Corsaires : navigateurs infatigables contre les censeurs

Les Corsaires se sont lancés en 2021 pour contrecarrer l’action des Sleeping Giants. Défenseurs de la liberté d’expression, les Corsaires offrent un contrepoids au chantage et aux intimidations des Sleeping Giants, très portés sur la censure. Entretien avec les Corsaires.

 

Que sont les Corsaires ?

Pour comprendre l’action des Corsaires, il faut comprendre celle des Sleeping Giants :

Les Sleeping Giants (« Géants endormis ») sont un collectif de militants créé en 2016 aux États-Unis, juste après l’élection de Donald Trump. Ils interpellent sur les réseaux sociaux les annonceurs qui diffusent leurs publicités sur des médias jugés politiquement incorrects (exemple : interpeller la marque Ferrero, qui diffusait des publicités Nutella pendant l’émission Zemmour & Naulleau, et qui a arrêté). La branche française du mouvement Sleeping Giants est apparue en 2017.

Les Corsaires organisent une riposte, pour rendre visible auprès des annonceurs l’existence de personnes en désaccord radical avec les Sleeping Giants… et les faire réfléchir à deux fois avant de prendre des décisions.

Les Corsaires proposent des graphismes drôles, percutants, beaux (ça compte !) et des tweets « prêts à l’emploi » pour lutter contre les campagnes des Sleeping Giants. Leurs campagnes, toujours créatives et engageantes, sont un exemple très réussi de mobilisation collective.

 

Parlez-nous des Corsaires : quels sont vos objectifs ? 

Les Corsaires ont été créés pour lutter contre les Sleeping Giants, dont l’activité intensive et les cibles multiples demandent une attention constante (veille et activité réseaux sociaux mais aussi contact des marques). Ils attaquent régulièrement Valeurs actuelles, CNEWS, TPMP, mais à l’occasion, peuvent aussi s’en prendre à tout média qui leur déplaît pour une émission ou un article de travers, comme parfois Marianne, BFMTV, RTL, et même France Inter l’an dernier !

Nous prenons parfois aussi position sur des sujets concernant la liberté de la presse et les médias, le traitement des informations, etc.

Les Corsaires connaissent un beau succès aujourd’hui. Comment êtes-vous parvenus à vous imposer comme un contrepoids efficace ?

Le plus dur est passé, mais le début était difficile : les Sleeping Giants étaient présents depuis 4 ans avec à cette époque plus de 30 000 abonnés, et nous ne partions de rien !

Passé quelques milliers d’abonnés par mail et sur Twitter, nous avons pu respirer : c’est ça qui joue sur les marques, le fait de voir une communauté consistante et active, qui les rassure sur le fait que les médias concernés attirent un public de clients comme les autres et ne méritent pas la censure.

Des exemples de visuels, à diffuser !

Un bon indicateur de notre succès est d’ailleurs le compte Twitter des Sleeping Giants eux-mêmes : les interpellations s’accumulent de leur côté, pour finalement très peu de résultats. Sur CNEWS, plus aucune marque ne leur a obéi depuis des mois. Sur TPMP, une vague dizaine ont cédé, anonymes, sur bientôt 200 attaquées depuis novembre. Et c’est finalement le plus important : un statu quo est devenu la norme, les marques préfèrent garder leur neutralité, ne pas retirer leurs pubs, et on n’en demande pas davantage. Aujourd’hui la plupart des marques, surtout les annonceurs TV, comprennent bien que ce n’est pas à des activistes comme les Sleeping Giants de dicter leur conduite et la liberté de la presse.

Et on peut s’en féliciter ! Votre collectif agit au nom de la liberté d’expression : quelle vision en avez-vous et quels sont vos principes sur le sujet ?

Nous pensons qu’une liberté d’expression sans limites à l’américaine n’est pas la plus adaptée à la culture française, et que des limites se justifient pour éviter les menaces de mort, l’injure gratuite, etc. Pour autant, comme le disait François Mitterrand : “La presse est libre, cela présente des inconvénients, mais moins que l’absence de liberté.”

Fermer ou attaquer un titre de presse légal, c’est acter la fin de la liberté, et nous refusons de nous y résoudre. Oui, Valeurs actuelles ou TPMP ont eu des condamnations : au-delà du débat sur la légitimité de celles-ci, aucune n’a demandé la fermeture de ces médias. Les Sleeping Giants n’ont pas à y ajouter une pression économique, dont ils savent qu’elle peut faire fermer le média et qui est déjà une sanction à la disposition de la justice (privation de pubs).

Défendre la liberté d’expression, en défendant les cibles des Sleeping Giants, nous vaut parfois des accusations d’être d’extrême droite, racistes, ou d’être les complices de telles mouvances. Nous répondons à ces arguments sur notre site point par point : https://corsairesdefrance.com/argumentaires/

C’est une erreur de croire que les membres du collectif s’attachent au fond de ce que nous défendons ; l’important, c’est la liberté d’expression et la liberté des médias.

Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs attachés à la liberté d'expression ?

Sur le plan personnel, développer son esprit critique, lire et écouter de tout ! C’est en connaissant l’offre médiatique d’un camp qu’on voit la valeur de l’autre et vice versa, qu’on se forme une opinion sur notre société et sur les événements.

Nous conseillons aussi de se renseigner sur le fonctionnement concret des médias : si aujourd’hui on se bat pour que certains gardent leurs pubs, c’est parce qu’il est impossible pour une chaîne de télé comme CNEWS de vivre sans, pas par amour fou de telle ou telle marque. Il y a divers modèles, certains plus sécurisants mais plus aliénants, d’autres plus indépendants mais plus précaires, les choix de fonctionnement ne peuvent être faits à la légère.

Bon nombre de médias dépendent de la publicité pour assurer leur expression sans risque financier. Pour la TV, c’est inévitable ; pour la presse, c’est très dur de faire sans. Tout le monde n’a pas la base d’abonnés de Mediapart. Les médias sont un secteur plus vaste que jamais mais également en constante tension économique, notamment dans le cas des journaux. Le système publicitaire est critiquable et nous le savons, mais si nous tapons sur les marques qui financent les médias, on fait le boulot des Sleeping Giants.

Comment peut-on vous rejoindre et vous aider, vous, spécifiquement ?

Il n’y a pas beaucoup de façons, mais elles sont assez simples : en premier lieu, nous rejoindre par mail et sur Twitter, chaque bonne volonté pèse dans le bras de fer avec les Sleeping Giants ! Aujourd’hui, notre base d’inscrits par mail dépasse les 15 000 abonnés ; pour peser dans le rapport de force, nous avons toujours besoin de nouveaux inscrits prêts à combattre, avis aux lecteurs ! Vous pouvez laisser vos coordonnées ici pour être alertés des prochaines campagnes : https://corsairesdefrance.com/

Rejoindre les Corsaires

Si vous êtes banni de Twitter, manquez de temps ou d’envie, il faut relayer autant que possible notre combat pour recruter. Sensibiliser est également d’une grande aide : les gens doivent comprendre que l’enjeu est la survie des médias et un égal traitement de tous les citoyens par les marques. Ce n’est pas un combat d’arrière-garde pour addicts à Twitter. 

Nous ne revendons pas les données et nous supportons nous-mêmes les frais de fonctionnement du site. Tout ce qu’on demande aux gens intéressés, c’est de rejoindre le combat, ou au moins de le relayer !

Nous devons continuer le combat tant que nous aurons les Sleeping Giants en face de nous ! Nous savons que c’est malheureusement assez répétitif, mais tant qu’ils restent sur leur action et sur Twitter, nous nous alignons pour jouer en défense des médias. Alors toujours plus de corsaires dans la flotte, de liberté, et d’insolence !

 

Merci aux Corsaires pour leurs réponses et leur travail d'utilité publique !

 

Soutenir et suivre les Corsaires :

 

Stéphanie Toussaint

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