Spartathlon : le marathon des marathons !

Spartathlon : le marathon des marathons !

Nous sommes tous familiers avec le marathon, cette course de 42 km régulièrement organisée partout dans le monde. Certains connaissent aussi l'histoire dont elle est issue, et qui est ancrée dans le passé européen.

Mais saviez-vous qu'il existe, dès l'origine, non pas une mais deux courses ? Et que la deuxième est tellement intense qu'elle ferait passer le marathon classique pour une balade dominicale ?

 

Marathon : l'exploit qui sauva Athènes 

Été de l'an -490.

Depuis cinq jours, sur la plage de Marathon, 11 000 Athéniens et leurs alliés observent nerveusement débarquer des nuées infinies de soldats perses. Les estimations sont approximatives, mais les historiens modernes estiment que les troupes ennemies étaient comprises entre 20 000 et 100 000 hommes, soit 2 à 10 fois plus de Perses que de Grecs.

Finalement, les Athéniens se décident : ils s'élancent frontalement contre les troupes du roi Darius, parcourant plusieurs centaines de mètres sur le sable brûlant, en armure lourde et au pas de course. Leur charge est tellement puissante qu'ils ont l'impression qu'Apollon lui-même les accompagne, ce qui redouble leur courage ! 


« Emplis d'un torrent de colère,
nous sommes allés à leur rencontre en courant avec lance et bouclier,
debout, homme contre homme, en nous mordant la lèvre de fureur.
Sous la nuée des flèches, on ne pouvait plus voir le soleil. »
— Aristophane

Le choc des hoplites est dévastateur et désorganise complètement les Perses, qui subissent un véritable carnage. Après de longues heures, les survivants rejoignent leurs navires et disparaissent au large. 

C'est la victoire !

Mais alors qu'ils se félicitent, les Grecs réalisent avec horreur que les Perses ne fuient pas : ils se dirigent avec les restes de leur armée vers Athènes, de l'autre côté du cap, là où se trouvent les femmes et les enfants sans défense.

Les navires perses seront sur Athènes dans 10 heures ; Marathon, où vient d'avoir lieu la bataille, se trouve à 42 km de là. Les hoplites grecs sont épuisés après une journée de combat en armure de bronze mais ils n'ont pas le choix : s'ils veulent retrouver leur famille vivante, ils doivent arriver avant les troupes de Darius.

 

En bleu, les 42 km parcourus par les Grecs pour rejoindre Athènes
pendant que les navires perses, en rouge, faisaient le tour du cap.

S'engage alors une véritable course contre la mort ; grâce à une marche forcée de 7 à 8 heures, les Grecs parviennent à Athènes juste avant les navires perses qui, dépités, abandonnent leur projet d'invasion.

Historiquement parlant, si nos marathons modernes voulaient être fidèles à l'original, il faudrait donc que les participants se battent d'abord en lourde armure d'hoplites contre des immigrés syriens… Les compétitions auraient assurément un cachet différent !

 

Spartathlon : la course la plus extraordinairement inutile de tous les temps

Ce qui est plus rarement mentionné, c'est qu'une autre course héroïque a eu lieu quelques jours auparavant.

Les Athéniens en effet, ayant eu vent de l'arrivée imminente de la flotte perse, décident de demander de l'aide à la puissante armée spartiate.

Or ils n'ont pas beaucoup de temps. Pas assez pour envoyer un navire. Et la route est trop longue et escarpée pour s'y aventurer en cheval.

C'est là que Phidippidès, un hémérodrome (on dirait coursier aujourd'hui), se porte volontaire. Il promet de ne pas s'arrêter avant d'être arrivé à Sparte.

L'historien Hérodote, qui vécut peu de temps après et rencontra des témoins de cet événement, nous rapporte que Phidippidès « parvint à Sparte le lendemain de son départ d'Athènes », soit… 246 kilomètres avalés en un peu plus d'une journée !

Ironie du sort, à son arrivée, les Spartiates célébraient les Karneia : une cérémonie religieuse de plusieurs jours leur interdisant toute activité militaire avant la prochaine lune. Impossible pour eux de venir en renfort aux Athéniens.

Ainsi retardés, les Spartiates ne parviennent à Marathon que le lendemain de la bataille. Et de constater, dégoûtés, que les Athéniens se sont couverts d'une gloire éternelle en leur absence.

C'est une des raisons expliquant que, dix ans plus tard, lorsque les Perses tentèrent à nouveau d'envahir l'Europe, les Spartiates menés par Léonidas insistèrent pour être en première ligne, comme on le voit dans le film 300.

 
Le roi Léonidas et ses Spartiates.
Cette fois-ci, ils sont à l'heure.

 

Le mythe devenu réalité

Pendant près de 2 500 ans, les historiens ont considéré cette anecdote rapportée par Hérodote comme une exagération évidente. 

Parce qu'il faut bien réaliser que ce parcours n'est PAS une tranquille route normande. C'est la nature grecque avec ses rochers et ses buissons ; il faut passer par des chemins jamais goudronnés, boueux ; monter et descendre de nuit les 1 200 mètres du mont Parthénion ; à l'approche de Sparte, la route serpente constamment, au point que même les meilleurs coureurs peuvent halluciner durant ces dernière étapes.

Alors 246 km en moins de deux jours ? Dans ces conditions et au pas de course ? Mais bien sûr…

Et pourtant !

Pourtant un jour de 1982, des officiers de la Royal Air Force, des  sportifs confirmés cherchant un nouveau défi, décidèrent de se rendre en Grèce pour tester par eux-mêmes la véracité de ce mythe.

Les coureurs anglais et leurs soutiens, en 1982.


Résultat : trois d'entre eux réussirent à finir la course, respectivement en 39, 37 et 34 heures. Pas mal pour un coup d'essai ! Et suffisamment probant pour lancer officiellement la compétition : le premier Spartathlon se déroula l'année suivante.

 

Yiánnis Koúros, l'homme, la légende, le dieu

En 1983, a donc lieu le premier Spartathlon officiel : les coureurs s'élancent d'Athènes et les organisateurs les attendent tranquillement à Sparte, 246 km plus loin. 

 

Sauf qu'au bout de 24 heures environ, lorsque les organisateurs s'installent sur la grand'place pour attendre les premiers arrivants… ils tombent sur un jeune Grec de 27 ans, le bien nommé Yiánnis Koúros, qui leur explique qu'il poireaute à l'ombre depuis deux heures déjà !

Il annonce en effet avoir parcouru les 246 km en 21 heures et 53 minutes ; les organisateurs sont tellement médusés qu'ils pensent à une tricherie : Koúros est probablement monté dans une voiture pour gagner quelques heures, impossible autrement !

Mais Koúros de leur répondre calmement : « On se retrouve l'année prochaine, vous n'aurez qu'à m'observer tout du long ! »

Ce qu'ils font effectivement. Et dans cette seconde édition, scrupuleusement suivie, Koúros ne met pas 21 heures et 53 minutes pour atteindre Sparte mais… 20 heures et 25 minutes ; incroyable ! Soit 12 km/h, sans s'arrêter ou presque pendant toute une journée, sur les routes escarpées et sous la chaleur de l'été grec !

C'est la gloire pour Yiánnis Koúros, qui gagne les surnoms de Dieu courant et de Fils de Phidippidès.


Il continuera toute sa vie à enchaîner les épreuves et les records, même aujourd'hui à 67 ans. Sa spécialité, les ultra-marathons : des courses démentielles dont la longueur minimum doit être supérieure au 42 km marathonien. 

Les exploits de Koúros sont innombrables. Si une course d'endurance existe quelque part dans le monde, vous pouvez être certain qu'il l'a remportée au moins une fois, souvent avec le meilleur temps. Un de ses records mondiaux est ainsi d'avoir couru 1 000 km, au milieu de la nature australienne, en 6 jours.

Un autre, peut-être le plus impressionnant, est d'avoir couru 303 km en 24 heures… sans jamais s'arrêter !

Le site Running.bzh relate cette journée : 

Au bout de 20 heures il ralentit, ses tours de piste sont moins rapides, il ne parle plus à son entourage, il se concentre sur sa fin de course et essaye malgré tout de maintenir un bon rythme.

À chaque tour ses équipiers le ravitaillent en solide et liquide en lui versant directement dans la bouche les aliments. À la tombée du jour, au moment où la chaleur est moins forte sur la piste, il reprend du poil de la bête, il lui faut accomplir 18 km durant les deux dernières heures pour franchir la fameuse barre des 300 km.

Arrivé au 300e km, il décide de poursuivre malgré la fatigue et à la dernière seconde des 24 heures, après avoir battu le record mondial avec 303,506 km, il déclare : « Je ne courrai plus de 24 heures comme celui-là, ce record restera pendant des siècles. »

 

Un mental en acier

Vous cherchez de la motivation ? Voici ce que le gigachad Yiánnis Koúros répond quand on lui demande son secret :

 « Lorsque les autres sont fatigués, ils s’arrêtent. Pas moi.
Je prends le contrôle de mon corps avec mon esprit.
Je lui dis qu'il n'est pas fatigué et il m'écoute. »
 

 

Alors que vous soyez vous-même adepte de jogging ou simple amateur d'histoire, n'oubliez pas de saluer ce Grec au mental d'acier qui, 2 500 ans après la bataille de Marathon, continue d'honorer par ses foulées l'exploit qui a valu l'immortalité à ses ancêtres.



Baron Grenouille

 


Note 1 : Il a fallu non pas plusieurs siècles mais 25 ans avant qu'un Lituanien, Aleksandr Sorokin, batte le record de la plus grande distance parcourue en une journée.

Note 2 : La course s'apprend à tout âge ! En France nous avons l'exemple de Charly Bancarel ; il a commencé à 55 ans, a participé à son premier marathon à 70 ans et les continue toujours, encore en 2023, alors qu'il a 93 ans ! 

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1 commentaire

Bonjour,
et merci !
Relatez nous encore beaucoup de magnifiques exemples de l’histoire européenne , vécus par de véritables européens.
Des européens de souche !!

Bernard-Marie CHANTREAULT de GUILDARE

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